Culture de la tomate sous abri

La culture de tomate sous abri

 

 

Plante et importance de la culture :

 

La culture de tomate ( Lycopersicon exculentum Mill ) appartient à la famille botanique des solanacées et est originaire de l'Amérique du Sud. C'est une plante annuelle dont la partie consommée est le fruit mûr. Les fleurs sont parfaites. Pour une meilleure production, la pollinisation doit être assurée par les bourdons (4 ruches/ha). Le légume présente une bonne valeur nutritive; il est riche en P, vitamine A et C. La tomate a une influence propice sur le fonctionnement des reins et de l'appareil digestif.

Préférences pédo-climatiques :

 

La tomate est une plante de saison chaude. Le zéro de germination est de 12 °C. L'optimum de la croissance des racines est de 15-18 °C. En phase de grossissement des fruits, l'optimum de la température ambiante est de 25 °C le jour et de 15 °C la nuit. Les préférences en types de sol sont très larges. Le sol doit être bien aéré et drainant. L'asphyxie racinaire, même temporaire est préjudiciable à la culture. La teneur en matière organique du sol doit être assez élevée (2-3 %) pour obtenir de bons rendements. Le pH optimal du sol est de 5,5- 6,8. La culture tolère la salinité et le bore. Elle répond bien à un apport de Zinc en cas de carence en cet élément.

Variétés, semis et plantation :

 

Les principales variétés utilisées sont Daniela (de Hi-Tech) en cas d'absence de nématodes ; Gabriela (de H- Tech) en cas de présence de nématodes. D'autres variétés sont disponibles sur le marché: Madrila (Agrimatco); Clx, avec différents numéros (Clause)… Les variétés sont en perpétuelle évolution; il est recommandé de suivre cette évolution sur le marché afin de bénéficier des nouveautés des obtenteurs.

La propagation est sexuée, par graine. Le semis se fait en pépinière. Le nombre de graines par gramme de semence est de 250-350. La pépinière doit être abritée (tunnel delta 9 ou Socodam; serre canarienne…). Il est conseillé d'utiliser les plateaux alvéolés pour réaliser le semis (7 x 11 = 77 mottes/plateau et 300 plateaux/ha). Le sol est d'abord couvert par un paillage plastique, en préférence noir ou vert afin d'éviter les mauvaises herbes et la contamination des racines des plantules par le sol. Après remplissage des alvéoles par de la tourbe, le semis est effectué avec précision à raison d'une graine par alvéole ; il est recommandé de couvrir les plateaux, initialement disposés en bandes jumelées, par un film plastique transparent fin (20 microns). Ce plastique sera enlevé après la germination des semences.

Durant la période de germination- levée, les soins donnés aux plantes sont les suivants : arrosages à l'eau claire (tiède en préférence dans les régions continentales), pulvérisation d'engrais foliaires et traitements contre les ennemis de la culture (fongicide et insecticide). Une surveillance particulière des rongeurs (souris et rats) doit être effectuée depuis le semis à la levée ; la dose de semis doit être majorée en cas de présence des rongeurs dans l'exploitation (utilisation de 80 à 100 g de semence / ha de terrain).

La pollinisation nécessite l'installation de 4 ruches/ha de bourdons en période florale et durant les cueillettes. Pour la plantation, dès l'installation de la pépinière, il faut commencer à préparer le terrain pour recevoir les plantules. Le terrain doit être labouré, nivelé et désinfecté en cas de présence de nématodes (si le seuil des nématodes dans le sol n'est pas dangereux, la désinfection est à éviter puisqu'elle coûte cher et est préjudiciable à l'environnement en cas d'utilisation du Bromure de Méthyle). Différents autres désinfectants du sol sont disponibles (solarisation, métam sodium, némacur…). Afin de la rapprocher d'une zone de production précoce, il est nécessaire de faire des sacrifices de dépenses supplémentaires en matière d'écrans thermiques et de double protection par des tunnels nantais sous serres canariennes ou sous grands tunnels delta 9 et Socodam. Ces dispositifs de protection physique sont possibles et faisables dans ces régions. La période de plantation est Juillet- Août. La culture peut être prolongée jusqu'au mois de Mai- Juin de l'année d'après. La densité de plantation est de 22.000 plants/ha sous grands tunnels et de 16.000-18.000 plants/ha sous serre canarienne (perte de terrain sous les gouttières). L'arrangement des plantes sur le terrain est de 1 m x 0,3 m.

Irrigation :

 

Sous abri, il est conseillé d'utiliser le goutte-à-goutte. L'irrigation doit être continue. Il faut éviter les à-coups d'apports d'eau afin de sauvegarder la vigueur des plantes et la qualité des fruits formés. Les besoins en eau de la culture peuvent être couverts par des apports de 25 % des besoins globaux durant la phase végétative, 50 % durant le pic des cueillettes et 25 % à la dernière phase de la culture. Le sol doit être toujours porté à sa capacité au champ. Une erreur dans la conduite de l'irrigation provoque l'éclatement des fruits. Avec un équipement supplémentaire (pompe doseuse et bacs), il est facile d'introduire la fertigation dans l'exploitation. Les apports d'eau et des éléments minéraux seront assurés avec une cadence permettant à la culture de se développer convenablement ; les pertes de fertilisant par lessivage seront également portées à leurs minima.

Fertilisation :

 

Un apport de fond comprend 50-60 T/ha de fumier et une fumure minérale dont les doses doivent être déterminées en fonction de la richesse du sol ; généralement on apporte 100 kg N/ha + 200 kg P2O5/ha + 250 kg/K2O. En couverture, par quinzaine, les apports sont les suivants: en phase végétative, 50 kg N/ha avec un équilibre de N-P2O5-K2O de 1-0,5-0,9. En période de début floraison, l'apport est le suivant: 30 kg N/ha avec un équilibre de 1-0,4-1,2. En période de cueillettes, l'équilibre suivant doit être adopté: 1-0,3-(1,8 à 2) avec une dose de N de 30 kg/ha. Au cours de la culture, des pulvérisations d'engrais foliaires doivent être appliquées régulièrement tous les mois ou en cas de nécessité. Lorsque la fertigation est utilisée, les mêmes doses peuvent être apportées en les divisant par 15 jours afin de les adapter aux apports quotidiens.

Rythme d'absorption des éléments nutritifs par la tomate industrielle:

 

Tableau du rythme d'absorption (mg/plante/j), selon Cornillon et Auge, 1990.

Phase N P K Ca Mg
Apparition des 1ers bouquets 2,45 0,24 1,65 2,12 0,23
Floraison 2ème bouquet 40,4 6,7 68,1 37 6,9
Taille de la tige principale 75,4 15,4 161,9 43,6 9,9
Début récolte 14,9 0,8 20 16,4 1,7
Fin récolte précoce 53,3 15,4 148,7 50,4 10,1
mi récolte 118,7 19,5 163,2 76,1 11,3
Arrêt de la taille 31,7 1,9 61,8 0,1 4,2
Récolte tardive 200 28 234 321,5 41
Fin récolte 60,4 32,1 103,7 48,7 5,8

Fertigation :

 

Les mêmes règles de calcul de fumures et d'interprétation des analyses de sol sont appliquées. Les rythmes d'absorption des éléments nutritifs aident à la détermination des doses d'engrais à apporter par phase de croissance ou de développement de la culture. Les normes d'EC de la tomate industrielle s'appliquent aussi pour la tomate fraîche de serre.

Principaux ennemis de la culture et méthodes de lutte :

 

Il faut surveiller les nématodes, les taupins, les vers gris, les pucerons, la mineuse, les acariens en temps chaud, les maladies cryptogamiques et la bactériose. Les traitements phytosanitaires doivent être appliqués d'une manière préventive afin d'éviter l'attaque de tout agent pathogène. Il faut, cependant éviter l'excès afin de sauvegarder l'environnement et d'économiser les charges. Les produits phytosanitaires doivent être alternés afin d'éviter le phénomène d'accoutumance aux ennemis de culture.

Autres soins :

 

Les soins donnés à la culture protégée sont le remplacement des manquants après plantation, le palissage des plantes en laissant une longueur suffisante de la ficelle en bobine pouvant servir par la suite au couchage, la taille (pincement, ébourgeonnage), le désherbage, le buttage surtout en cas d'attaque modérée des nématodes.

Récolte, manipulation du produit et conditions d'une bonne conservation :

 

La cueillette peut être échelonnée sur six mois (Novembre à Mai). Les fruits cueillis doivent être manipulés avec soin afin d'éviter leur blessure. Le rendement varie de 120 à 150 T/ha selon la qualité de l'entretien consacré à la culture. En cas de culture d'arrière saison sous abri, arrêtée en Décembre pour être suivie d'une autre culture (Haricot vert ou melon), le rendement dépasse rarement 50 -60 T/ha. En ce qui concerne la conservation, il faut rappeler que la tomate produite sous abri doit être vendue en frais. Lors d'un transport à une région lointaine, il est conseillé d'entreposer les fruits dans un local frais (8-10 °C et 90 % HR) en attendant l'expédition.

Région/mois

Février

Mars

Avril

Mai

Total

mm d'eau/mois

50

80

110

120

360

Pour une densité de peuplement végétal de 18000 plants par ha et deux orifices par plant, avec un débit de 1 litre/h/orifice et un espacement de 20 cm entre orifices et 40 cm entre plants dans le rang, une irrigation d'une heure apporte 18000 x 2 = 36 000 litres = 3,6 mm ; le besoin en eau sera alors couvert par 360/3,6 = 100 irrigations moyennes. Ce nombre peut être réduit s'il pleut ou si la durée d'une irrigation dépasse une heure.

Par ailleurs, le cycle cultural du melon est de 110 à 120 jours, ce qui signifie qu'on peut irriguer quotidiennement depuis la plantation jusqu'à la maturation. Durant la phase « maturation- récolte », la dose d'irrigation doit être réduite afin d'améliorer la qualité des fruits et leur teneur en sucres.

Distribution des éléments nutritifs durant le cycle cultural:

 

La plantation a lieu début Février. La croissance et la production de biomasse végétative occuperont ce mois et se poursuivront durant quelques jours du mois de Mars. Ce dernier sera le mois de floraison, nouaison et début fructification. Durant le mois d'Avril, la fructification et le grossissement des fruits seront effectués, ainsi que la ramification des plantes et la production de biomasse végétative. Durant le mois de Mai, la maturation des fruits de la première vague de fructification, leur récolte ainsi que le grossissement des fruits de la 2 ème vague auront lieu. Chacune des phases précitées sera caractérisée par des exigences particulières en éléments nutritifs. En effet, après plantation et juste après la reprise des plants, ceux-ci doivent subir un léger stress hydrique ou salin afin de favoriser le développement de leur système radiculaire en profondeur ; l'utilisation d'une solution nutritive à EC relativement élevée (1,8 à 2 g/l, sans dépasser 2 g/l pour le melon qui ne tolère pas la salinité) pendant le début de la phase végétative favoriserait le développement radiculaire de la plante. Cette phase végétative exigera plus d'azote et de phosphore que de potasse. La phase de reproduction demande une solution nutritive équilibrée (sans excès de N), pas trop saline, riche en P. La phase de grossissement des fruits exige plutôt une solution nutritive plus riche en K qu'en N et P. Le raisonnement de la distribution des doses de NPK le long du cycle cultural considère à la fois les rythmes d'absorption des éléments nutritifs par la plante et les risques d'anomalies possibles quant au retard d'apport de N (coulure des fleurs et retard de maturation des fruits), de P (retard de floraison et perte de précocité) ou du déséquilibre d'apport de K, Ca et Mg (obtention du petit calibre des fruits ; risque de nécrose apicale, anomalie de coloration et de broderie du tégument du fruit). Le tableau suivant donne une distribution raisonnée des éléments nutritifs, respectivement pour N-P2O5-K2O:

Kg/ha/mois

Février

Mars

Avril

Mai

Total

Phases

végétative

Floraison

nouaison

Fructification

grossissement

Grossissement

Récolte

Chevauchement

des phases

Par exemple, la faible dose calculée de K2O ne permet pas de respecter l'équilibre « théoriquement souhaitable » entre éléments : (1-0,7-1) en phase de végétation et (1-0,3-2) en phases de grossissement et de pré-récolte. Ces équilibres sont plutôt utilisés en hydroponique. En fertigation sur sol, celui-ci joue un rôle tampon et la notion d'équilibre prend moins d'importance que celle des besoins de la culture en éléments nutritifs et de distribution de doses d'apport d'engrais.

Calcul des engrais et leur distribution le long du cycle cultural :

 

En fetigation, en général, on utilise les engrais suivants pour leur disponibilité sur le marché : MAP (11% N ; 55% P2O5 ; 60 % de solubilité) ; Ammonitrate (33% N; 190 % de solubilité) et sulfate de potasse (48% K2O; 10 % de solubilité). On commence par le calcul de P à partir du MAP ; celui-ci apporte aussi N qu'on retranche des apports. On recalcule la dose de N et par conséquent la dose d'Ammonitrate et on termine par le calcul du sulfate de potasse. Le tableau suivant donne la distribution des engrais (chiffres arrondis pour une facilité de pesée de l'agriculteur:

Si l'on tient compte de la salinité de l'eau d'irrigation (0,6 g/l pour l'exploitation de Tafilelt et 0,1 g/l pour Meknès, les concentrations finales des solutions nutritives filles seront données par le tableau suivant :

Les concentrations salines, relativement fortes et stressantes, utilisées en Février (1,8 g/l) seront favorables à l'enracinement profond de la culture. La production de la biomasse végétative serait en équilibre avec celle des racines, ce qui est très important, surtout pour une culture conduite sous tunnels plastiques en période froide. Les agriculteurs procèdent, en général, en stressant les plantes par un retard de la 2ème irrigation qui suit celle de la plantation. En Mars, les conditions climatiques sont en général favorables pour une croissance végétative rapide. Il faut éviter que cette croissance soit excessive par rapport à celle des racines; une EC moyenne de 1,1 à 1,3 g/l s'impose pour piloter la fertigation. En Avril, il y a un chevauchement des productions des biomasses végétative, radiculaire et des fruits de la première vague de fructification. EC ne doit pas être élevée.

C'est ainsi que durant les trois premiers mois, Février, Mars et Avril, les solutions nutritives peuvent être apportées quotidiennement avec l'eau d'irrigation. Au mois de Mai, par contre, les valeurs des concentrations semblent être faibles alors que la culture est en phase de grossissement des fruits; une EC élevée de 1,8 à 2,2 g/l est plutôt favorable à la concentration des sucres dans les fruits. Il n'est donc pas recommandé de ferti-irriguer quotidiennement en Mai. La fertigation pratiquée une fois par semaine serait plutôt bénéfique.

Estimation du volume du bac nécessaire pour faire le mélange des engrais:

 

Pour déterminer ce volume, on se basera sur le mois pendant lequel les apports d'engrais sont les plus élevés, c'est le mois de Février pour T (apport de 590 kg) et Mars pour M (apport de 970 Kg). Le tableau suivant donne les solubilités des engrais utilisés et les volumes d'eau nécessaires à leur solubilisation:

Calcul du taux d'injection correspondant à une concentration optimale:

 

Le taux d'injection auquel sera réglée la pompe doseuse est déterminé selon la valeur souhaitée de EC de la solution nutritive fille.

En effet, pour EC = 1,18 g d'engrais/l d'eau = 1,18 Kg/m3 d'eau (valeur souhaitable pour Tafilelt en Février), le taux d'injection de la pompe doseuse est calculé de la manière suivante :

L'objectif est de 1,18 kg d'engrais ———– à 1 m3 d'eau

Le calcul a donné 21 kg (par jour) ———— à V= 21/1,18 = 17,8 m3 d'eau

Le volume de la solution mère de 25 l doit être injectée dans 17,8 m3 d'eau pour fabriquer la solution fille.

Le taux d'injection est donc de 25 l/(17,8 x 1000 l) = 1,4 pour mille

 

L'objectif en Mars est une EC = 1,21 g d'engrais/l = 1,21 Kg d'engrais/m3 d'eau. Les engrais solubilisés par ha et par jour sont de 31,3 Kg et le volume de la solution mère est de 166,72 litres. La règle de 3 est posée de la manière suivante:

L'objectif = 1,21 kg ———– à 1 m3 d'eau

Le calcul a donné 31,3 kg d'engrais (par jour) ———— à V= 31,3/1,21 = 25,9 m3

Le volume de la solution mère de 166,72 l doit être injectée dans 25,9 m3 d'eau pour avoir la solution fille.

Le taux d'injection est donc de 166,72 l/(25,9 x1000 l)= 6,44 pour mille

 

Temps de vidange du bac:

 

Une irrigation dure 1 h et apporte 36.000 litres d'eau.

* Pour apporter 17,8 m3 d'eau = 17800 litres,il faut un temps de 17800/36000= 0,49 h = 30 minutes.

* Pour apporter 25,9 m3 = 25900 litres d'eau , il faut un temps de 25900/36000 = 0.72 h = 43,2 mn.

Une fois la fertigation est déclanchée, le bac de 25 litres sera vidé en 30 mn (T)

celui de 166,72 litres (M) sera vidé en 43 minutes

selon les taux d'injection respectifs de 1,4 et de 6,4 pour mille.

 

Mélange des engrais:

 

Tous les engrais utilisés peuvent être mélangés en même temps puisqu'il n'y a pas de d'incompatibilité entre eux.

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